IRD : entre langue de bois et Novlangue !
Dépression pour les uns
Sièges de luxe pour les autres…

 Les syndicats assurent la communication entre les agents et la Direction par le biais de leurs élus dans les différentes instances. Les syndicats peuvent ainsi faire remonter les interrogations et les revendications des agents, en retour la Direction peut argumenter et expliciter ses choix ou étayer ses propositions.

Le SNPREES-FO s’est toujours fortement engagé pour maintenir un dialogue constructif avec les directions successives, pour la défense des agents et du service public de la recherche. Mais ce dialogue devient de plus en plus difficile (voire impossible) car les Directions (et leurs tutelles) successives refusent la discussion et concertation, refusent de voir la réalité sur le long terme. Ils sont de passage ! Et nous les syndicats sommes les témoins de déboires successifs. Aujourd’hui, devant la dégradation de la situation à l’IRD, nos tentatives de dialogue se cognent systématiquement à leur « langue de bois » et leur « Novlangue ».

Rappel :

  • La langue de bois : déconnecté de la réalité, la langue de bois reconstruit le réel en répétant les mêmes formules stéréotypées et abstraites, ne contient pas d’informations vérifiables mais distille de fausses évidences et des affirmations non étayées.
  • Le Novlangue (Newspeak du roman ‘1984’ de G. Orwell) a pour objectif de restreindre le domaine de la pensée par la réduction au strict minimum du nombre de mots utilisés. Les finesses du langage sont éliminées et le nombre de concepts avec lesquels les gens peuvent réfléchir est restreint.

La Direction n’a pas peur d’avancer à visage découvert et d’annoncer dans le POS (dernier paragraphe) cette stratégie de mise en place d’un Novlangue « IRD » :

« Cette réflexion collective sur la dénomination va donc bien au-delà des outils de communication et entre en résonance avec la formalisation, dans le prolongement de ce Plan d’orientation stratégique, du corpus verbal de l’Institution et de la « plateforme d’identité » de l’IRD. Elle implique de parvenir à des définitions communes et partagées des termes, utilisés quotidiennement dans la planète IRD, de développement, de transversalité, ou de partenariat. »

En langage commun M. Moatti aurait pu dire :

« La décision que j’ai prise d’imposer un nouveau logo sera prolongée par la diffusion continue et exclusive de ma communication/propagande. Mon jargon sera imposé et devra être utilisé quotidiennement par les agents IRD, leurs collègues et nos partenaires. »

Pour ceux qui douteraient encore de la volonté de travestir la vérité, il y a non seulement les déclarations contradictoires sur l’avenir de Bondy, mais il y a aussi l’expertise demandée par le CHSCT-EP du 25 février 2016 face au « risque grave ». C’est une procédure spécifique (prévue à l’article 55 du décret n°82- 453 du 28 mai 1982, l’art. L4614-12 du code du Travail et une jurisprudence constante de la cour de cassation) qui impose un formalisme très précis qui doit aboutir à la présentation par la direction d’un plan de prévention des risques.

Le rapport de 143 pages qui doit être disponible sous peu sur l’intranet, est accablant. En voici quelques extraits :

« Des comportements non professionnels ont été identifiés sans qu’aucune mesure ne soit prise pour réguler ces débordements. Des cris, des prises à parti, des intimidations, du dénigrement, des menaces de licenciement ont été retrouvées dans le déclaratif des agents. […] Le dernier projet de réorganisation mis en place à partir de mars 2015 a, lui, été vécu avec brutalité. […] Les agents ont fait part de leur colère, de leur angoisse et de leur sidération lors de ce changement qui n’a pas été compris et a été vécu par certains comme une trahison. Ce sentiment a été doublement renforcé par le fait que les intervenants mandatés par le nouveau président-directeur général ayant conduit l’audit en 2015 pour préparer le changement à venir ont été nommés à des postes de direction. »

Et voici ce que M. Moatti en pense :

Ce rapport est « très mauvais », il est « malveillant pour la gouvernance actuelle », il est porteur de « risques pour l’Institut dans la période actuelle ».

Le SNPREES-FO pense que le risque serait que la Direction (et nos tutelles !), ne regardent pas la réalité en face et poursuivent leur désinformation basée sur la méthode Coué (répéter une chose fausse pour finir par convaincre et se convaincre qu’elle est vraie).

Méthode Coué déjà utilisée pour justifier l’intérêt du déménagement du Siège de Paris à Marseille. Rappelez vous le communiqué de presse diffusé par l’IRD le 8 octobre 2008:

« En installant le siège de l’IRD à Marseille, 190 personnes (250 à terme) rejoignent le bassin méditerranéen pour contribuer quotidiennement au développement économique et à la dynamisation de son tissu urbain. (sic!) […] Par ailleurs, le coût de cette opération de 7,5 M€, porté en partie par les collectivités territoriales ayant accueilli l’IRD (4 M€) ainsi que par la dotation inscrite au budget de l’Institut et l’autorisation exceptionnelle de reports, reste inférieur à ce qu’aurait coûté la rénovation de l’ancien siège de la rue La Fayette qui aurait dépassé 9 M€. »

Avec un loyer d’au moins 1 200 000 €/ an (soit 3 200 €/jour), depuis 8 ans, ce sont (environ) 10 millions € (le prix de la rénovation du Siège) qui ont été dépensés.

Mais comme l’explique M. Moatti dans son « message n°18 », grâce à ses négociations, le bail a maintenant été réduit de 34 %, « soit au moins 400 000 € d’économie par an ».  On peut le féliciter d’avoir réussi à faire baisser notre loyer de 34% … mais s’agit-il « d’économie » ou de limitation du gaspillage ? On peut en effet se demander comment l’Etat et l’IRD, si attentifs à leurs finances, ont payé depuis 8 ans un loyer sur-estimé d’au moins 34 % ! Et comment les directions de l’IRD ont-elles accepté de prendre en charge seules les frais de gardiennage ? Et accepter que ni plaque, ni drapeau ne ‘salissent’ ( ?) la façade du bâtiment car il accueille aussi une… banque commerciale !

En tout cas, voilà comment faire passer un échec évident (et coûteux), pour une réussite éclatante ! Et grâce à notre Direction, l’IRD devra donc payer tous les jours : 2 200 € de loyer, et cela au moins jusqu’au 31 décembre 2021. Nos responsables et ex-responsables y pensent-ils « le matin en se rasant » ?

Lorsque ces mêmes personnes nous expliquent que la restructuration en cours permettra à l’IRD d’être plus « performant », les agents et le contribuable ont quand même de bonnes raisons d’exiger : (i) des simulations ou des scénarios détaillés pour vérifier ces affirmation ; et (ii) des échéances claires pour évaluer si leurs estimations ont été réalistes… ou pas !

Et à un moment où le réseau des représentations à travers le monde doit être « optimisé », on se demandait déjà à quoi servait la représentation IRD à Bruxelles, on peut se demander maintenant quel sera le coût financier et le bénéfice scientifique et partenarial réel d’avoir une représentation à New York ? On peut aussi se demander quel cout financier et quel intérêt scientifique a la Direction marseillaise de louer des bureaux au siège parisien d’un EPIC, rue Schaeffer dans l’un des quartier les plus huppés de Paris, au lieu de se rendre gratuitement au Centre IRD de Bondy, dans le département le plus pauvre de France et qui accueille justement la population immigrée la plus importante, celle des pays où notre travail de recherche devrait éviter aux futures générations de se retrouver dans les mêmes situations. Peut-être que la fréquentation des banquiers au siège marseillais et la vue sur la mer ont rendu difficile l’utilisation du RER parisien et le travail avec vue sur le parc et les barres HLM alentours ? On se demande alors pourquoi s’être débarrassé si vite de la Rue La Fayette puisque des locaux strictement parisiens (et non « de banlieue ») semblent absolument indispensables au bon fonctionnement de l’IRD… ou au confort de sa Direction ?

Pour finir de remettre les choses à leur place, il faut rappeler que « la planète IRD » se constitue d’environ 2 000 agents (dont 800 expatriés) qui ont publié moins de 4 000 articles en 2014. Cette même année, ce sont plus de 70 000 articles qui ont été publiés par la France et plus de 2 millions à travers le monde. La (toute petite) « planète IRD » représente donc 0,2 % des publications mondiales, le même « poids » que des pays comme l’Algérie ou la Colombie. Et rappelons que seule la moitié de ces articles associent les partenaires « du Sud », ratio qui tend à diminuer sous l’effet de l’UMRisation et des « normes d’excellences ». Il faut donc rester réaliste dans la présentation et aussi dans le projet de l’IRD, car cet institut pourra difficilement infléchir le cours de la science « universelle » (et au-delà…). En revanche, il est important de pouvoir continuer à participer à cette recherche en évitant les erreurs grossières de gestion commises dans le passé (et maintes fois dénoncées par le SNPREES-FO) qui risqueraient de provoquer notre disparition à très court terme.

Le SNPREES-FO l’affirme : l’IRD a un rôle primordial à jouer dans le développement et l’accompagnement de la recherche au Sud avec les partenaires du Sud.

Voilà notre métier. N’en divergeons pas ! Ce n’est pas optionnel.

Le SNPREES-FO demande donc à la Direction de l’IRD d’admettre la réalité des problèmes internes et la nécessité de définir des objectifs plus réalistes et moins démagogiques que ceux qui sont annoncés dans le POS. Le problème le plus urgent n’était pas changer notre logo ou de nommer un représentant à New York, mais bien de faire face aux risques graves du personnel (depuis le Siège marseillais jusqu’aux pays troublés où nous intervenons), à la nécessité de définir des priorités scientifiques et géopolitiques réalistes et avec les partenaires du Sud dans un monde mouvant, et de préserver l’indépendance de la Recherche et non de la mettre au service d’une soi-disant ‘innovation’ technique qui ne repose même pas sur nos travaux.

Nous tenons d’autant plus à réaffirmer cette demande, que l’analyse sémantique des 30 messages diffusés par le président depuis sa nomination (soit plus de 60 pages au format standard) montre d’un coté la dominance de généralités et de banalités (nouveau, faire, pouvoir,…) et d’un autre coté la « sous-utilisation » de mots comme « partenaires », « Sud », « expatriation », « budget », « échange », « dialogue ». Ce sont pourtant là les sujets que les agents et le SNPREES-FO aimeraient pouvoir aborder en priorité avec la Direction, et avec nos tutelles.

 

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