Pétition pour l’abandon du projet d’arrêté sur le doctorat

Les Universitaires de toutes disciplines réunis ce mercredi 20 mai 2015 au Centre universitaire Panthéon à Paris, ont pris connaissance du projet d’arrêté ministériel « fixant le cadre national de la formation et les modalités conduisant à la délivrance du diplôme national de doctorat ».

Il constatent que ce projet modifie profondément la conception de la direction de thèse qui est d’abord la relation scientifique privilégiée entre un thésard et un directeur en incluant cette relation personnelle dans des institutions collectives dont ce n’est pas la fonction : Écoles doctorales, « Collèges doctoraux », « comité de suivi », dans une « politique de site » qui conduit à un contrôle collectif sur un travail de recherche qui devrait demeurer une relation individuelle entre deux chercheurs.

Ce projet réduit autoritairement la durée des thèses à trois années, alors que cette durée peut varier selon les champs disciplinaires. Bien conscients de la nécessité de conduire une recherche dans un délai raisonnable, ils considèrent que cette limitation autoritaire ne correspond à aucune logique scientifique cohérente.

Le projet d’arrêté prévoit aussi que des thèses pourront être soutenues à partir de « validation des acquis » ou par « apprentissage », ce qui peut conduire à des dérives graves en termes de recherche fondamentale et à une parcellisation de la recherche.

Ce projet d’arrêté marque une forte défiance du Ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche à l’égard des universitaires et des directeurs de thèses. Ainsi, lors de la soutenance de thèse, le directeur de thèse ne serait plus membre du jury à part entière et ne participerait plus à la délibération, devenant un muet scientifique, comme si son appréciation était contestable et subjective.

Enfin, ce projet est marqué par un « pédagogisme » destiné à encadrer la recherche selon des procédés infantilisants, tant pour le directeur de thèse que pour le thésard : « formation à la pédagogie » pour le directeur, « portfolio » pour le thésard, contrôle par un comité de suivi, potentiellement extérieur au champ disciplinaire de la thèse et désigné par l’école doctorale, qui sera en charge de surveiller non seulement la progression de la thèse, mais aussi la manière dont le directeur de thèse encadre le travail de recherche … Tous ces procédés instaurent une surveillance contraire à la liberté intellectuelle qui doit guider la recherche.

Pour l’ensemble de ces raisons, les universitaires soussignés demandent l’abandon de ce projet d’arrêté qui porte une grave atteinte aux libertés universitaires.

https://www.change.org/p/universitaires-voter-cette-pétition-pour-exprimer-votre-soutien