Comité de suivi des cycles licence, master et doctorat (CSLMD) du 15 février 2019

Première réaction de FO à la « Note de cadrage sur le DUT 180 »
présentée par l’Association des Directeurs d’IUT

Dans son texte de présentation, l’ADIUT commence par constater que « 18% des diplômés des IUT s’insèrent sur le marché du travail après un DUT », et fixe à son projet l’objectif de « l’insertion professionnelle immédiate des jeunes diplômés », avec un objectif à deux ans d’une insertion professionnelle directe supérieure ou égale à 50%.

Autrement dit, l’ADIUT regrette que des milliers de jeunes poursuivent des études après le DUT, que ce soit en licences professionnelles, en écoles d’ingénieurs, etc. Force Ouvrière, pour sa part, se félicite du fait que les IUT permettent à des milliers de jeunes de poursuivre des études avec succès, même si ce n’était pas l’objectif premier des IUT lors de leur fondation.

Quant à l’insertion professionnelle à bac. 2, il faut rappeler qu’alors que le SMIC mensuel est de 1171 € (donc pour un salarié non qualifié), le niveau de salaire d’embauche d’un DUT bac. + 2 est de seulement 1475 €, tandis que celui d’un titulaire d’une Licence Professionnelle de 1700 € pour une année d’étude supplémentaire. Plutôt que de faire reporter aux IUT la responsabilité de cette situation, il serait nécessaire de regarder du côté des employeurs qui n’ont de cesse de baisser le cout du travail et de bloquer toutes réelles possibilités de promotion professionnelles pour les salariés.

Quant aux « Jalons sur la réussite » que fixe le projet avec un taux de réussite des bacheliers technologiques de 70%, il faut rappeler que la « rénovation des séries technologiques » en 2012 (transformation des bac STI en bac STI2D), qui a renforcé l'enseignement des matières dites transversales et fortement diminué les connaissances purement technologiques, a eu un effet catastrophique, prévisible et prévu par l’ensemble des enseignants en IUT : il a fortement pénalisé les titulaires de ces bac. qui ne peuvent plus compenser leurs difficultés dans les matières générales par leur qualifications dans les disciplines dites professionnelles .

Enfin, certains IUT avait mis en place avec succès des dispositifs spécifiques d’aide aux jeunes bacheliers technologiques et professionnels en difficulté. Loin d’être généralisées, ces expériences jugées trop couteuses ont été abandonnées.

Gageons qu’avec la politique et les crédits actuels, l’objectif que vous annoncez de « Favoriser l’ascension sociale, la mobilité des jeunes et l’intégration des étudiants handicapés par des parcours spécifiques » a peu de chances d’être atteint.

Enfin, quel serait le DUT que vous nous proposez ? Une prétendue « diplomation » à bac+3 dans les territoires ! Nous craignions fort que cette approche n’aboutisse à des diplômes qui n’aient de valeur que sur un territoire déterminé. On voit poindre une logique d’un autre âge qui nous effraie : des diplômes donc des salariés attachés aux territoires.

Nous sommes scandalisés que soit froidement fixé l’objectif de développer les « qualités comportementales et relationnelles des diplômés ». Est-ce là le rôle des universitaires ? Et derrière cette logique, y a-t-il le licenciement pour « cause comportementale » ? Ainsi, c’est le salarié qui deviendrait responsable de son licenciement, l’employeur étant seul juge !

Cette nouvelle logique qui est celle des DUT 180 qui auraient comme objectif d’« accompagner la montée en compétences des étudiants et l’adéquation de ces compétences aux besoins des territoires », baptisé par antinomie « choisir son avenir professionnel » constitue la traduction de la loi Travail détruisant les Conventions Collectives.

On est à l’opposé de ce que nous avait déclaré M. Dalle lors de notre rencontre du 19 mars 2018 à Nantes : « l’existence des programmes nationaux définis par des arrêtés nationaux constituent pour l’ADIUT une ligne rouge » et que c’était précisément pour maintenir des programmes nationaux que le projet DUT 180 avait été élaboré.

S’il fallait mettre un nom sur cette conception, c’est celle de l’uberisation du diplôme.

Vous comprendrez que l’opposition de FO à ce projet est totale, et nous demandons qu’il ne soit pas pris en compte. Nous demandons le maintien des DUT actuels à bac. + 2 fondés sur des programmes nationaux, discutés et négociés dans le cadre de la Commission Consultative Nationale (CCN) et des Commissions Pédagogiques Nationales (CPN) de spécialités des IUT.