REFORME DU DUT : CE QUE L’ON VOUS CACHE !

Les syndicats SNPREES-FO, SUPAUTONOME-FO et la Confédération FO, comme les personnels des IUT et les représentants des organisations syndicales qui siègent dans la Commission Consultative Nationale et les Commissions Pédagogiques Nationales des IUT, ont pris connaissance par la presse d’un projet de l’Assemblée extraordinaire des Directeurs d’IUT, avec le soutien de l’Union Nationale des Présidents, pour « refonder le DUT ».

Ce projet, élaboré sans concertation avec les organisations professionnelles ni avec les personnels des IUT, propose de reconfigurer le DUT actuel en deux ans (rebaptisé pour l’occasion « DUT 120 », pour 120 crédits ECTS), diplôme professionnel national reconnu dans les Conventions Collectives au niveau 3, et de le remplacer, dès la rentrée 2019, par un « DUT 180 » en 3 ans s’inscrivant dans le système LMD.

L’existence des DUT menacée par le projet de l’ADIUT de « DUT 180 »

Les DUT, créés en 1966 : des diplômes nationaux avec des programmes nationaux

Le dernier arrêté ministériel du 3 août 2005 précise à nouveau

« Pour chacune des spécialités du diplôme universitaire de technologie, les programmes (…) sont fixés par arrêté du ministre chargé de l’enseignement supérieur après avis de la commission pédagogique nationale concernée ».(…)
« La durée de formation encadrée correspond à un minimum de 60 semaines. Aux enseignements conduisant à la délivrance du diplôme universitaire de technologie s'ajoutent, dans le cadre d'une formation dirigée, 300 heures de projet faisant l'objet d'un tutorat en IUT et au moins 10 semaines consacrées à l'accomplissement d'un stage en entreprise.
La durée des enseignements, dispensés sous forme de cours, de travaux dirigés et de travaux pratiques, est soit de 1 800 heures, soit de 1 620 heures selon les spécialités, conformément à l'annexe du présent arrêté »

Les « DUT 180 » : abandon des programmes nationaux, diminution du nombre d’heures d’enseignements

Avec la mise au « standard » LMD :

  • Les programmes, comme pour tout diplôme s’inscrivant dans le dispositif LMD, ne seraient plus définis par arrêté ministériel, mais élaborés au sein des établissements
  • On passerait au mieux à 1500 h d’enseignement ETD, incluant stages éventuels et autres activités validées par des Unités d’Enseignement (comme le service civique, etc.).

La fin du DUT reconnu dans les Conventions collectives

Dans ces conditions, les « DUT 180 » ne correspondraient pas à un étalement sur 3 ans des études des DUT en 2 ans : en termes de connaissances professionnelles, et donc de qualifications qui en découlent, ils ne seraient même pas l’équivalent de l’actuel DUT en 2 ans.

Ils ne réuniraient pas les conditions permettant de remplacer les actuels DUT reconnus dans les conventions collectives des branches au niveau 3.

Même baptisé du nom de DUT, le « DUT 180 » ne saurait donc se substituer aux actuels DUT reconnus dans les Conventions Collectives des branches professionnelles concernées.

Menaces sur l’existence des IUT, les conditions de travail et d’enseignement des personnels, la formation des étudiants

La réforme proposée comporte de nombreux éléments très négatifs :

  • Les possibilités de poursuites d’études des étudiants en Ecoles d’Ingénieurs et de commerce en seraient directement affectées tout comme la lisibilité du diplôme national auprès des entreprises.
  • Alors que les nombres d’étudiants par groupe de TP et de TD sont actuellement définis par les Programmes Pédagogiques nationaux avec des effectifs limités (26 et 13), rien n’interdirait aux établissements d’aligner les effectifs des « DUT 180 » sur ceux de plus en plus élevés des UFR des Universités, au détriment des conditions de travail des personnels.
  • Alors que la réussite des IUT tient aussi à la diversité des publics accueillis, cette réforme a pour objectif affiché de permettre à davantage de bacheliers technologiques de rejoindre les IUT. Mais ce seraient précisément ces étudiants qui seraient les premiers à pâtir de cette situation.
  • La suppression du DUT actuel fait peser de lourdes menaces sur les IUT, instituts conçus spécifiquement pour préparer les DUT. Leur caractère dérogatoire, déjà largement entamé, n’aurait plus aucune justification avec la « LMDisation » du DUT.
  • Et rien n’est prévu pour le financement de cet allongement de la durée des études, qui aurait également des conséquences négatives non négligeables pour les étudiants.

Une évolution du DUT qui compte parmi les plus grandes réussites de l’université française doit se faire en toute transparence et en concertation avec les différents acteurs académiques et professionnels de ce diplôme.

SUPAUTONOME-FO et le SNPREES-FO demandent le maintien des DUT actuels reconnus dans les Conventions Collectives et des programmes nationaux fixés par arrêtés ministériels et élaborés en commun par les représentants des employeurs, des salariés et des enseignants, dans le cadre des CPN et CCN.