Déclaration FO au CNESER du 18 septembre 2017

Le CNESER se réunit aujourd’hui alors que des milliers de bacheliers n’ont pu être inscrits à l’université, et que des milliers d’entre eux ont abandonné l’espoir de l’être. FO défend un baccalauréat réévalué, premier diplôme universitaire, dont le rôle doit être d’attester d’un niveau scolaire de l’élève qui lui permet de suivre des études supérieures. La réforme annoncée du baccalauréat, en supprimant des matières importantes de l’examen, et en y introduisant toujours plus de contrôle continu, éloigne de cet objectif.

La Ministre vient d’annoncer une augmentation de 800 millions d’euros du budget de l’Enseignement supérieur et de la Recherche pour 2018. Mais, pour l’instant, c’est une diminution de 330 millions que subissent enseignants et étudiants en cette rentrée. Les promesses pour 2018 s’inscrivent dans la continuité des promesses qui leur ont été faites par les ministres successifs depuis la LRU. Mais en attendant, ce sont les fermetures de postes et de formations qu’ils subissent. Tous les établissements sont touchés à des degrés divers.

L’objectif de 80 % d’une classe d’âge au baccalauréat a causé des dégâts importants : les moyens n’ont pas été attribués pour accueillir l'afflux d’étudiants qu’il provoque. Dans le même temps, l’évaluation des diplômes par le HCERES prend pour critère le taux de réussite des étudiants en Licence, aboutissant à un véritable chantage contre les enseignants chercheurs, sommés de baisser le niveau de leurs diplômes, ou de se voir couper les fonds. A tout niveau, du Ministère jusqu’aux directions des établissements, on les incite à créer des diplômes hyper-spécialisés, des « parcours-types » correspondant aux besoins étroits des entreprises locales. Cela amène ainsi à une déqualification des futurs salariés, dont les diplômes ne sont plus des diplômes nationaux attestant d’un niveau disciplinaire. De ce point de vue, cette attaque est inséparable des attaques contre le Code du travail perpétrée par le précédent gouvernement avec la loi Travail et par le gouvernement actuel avec les ordonnances qu’il a publié cet été. L’inversion de la hiérarchie des normes est une attaque contre les conventions collectives, et donc contre la reconnaissance des diplômes nationaux. Et dans le même temps, la possibilité de licencier les salariés à moindre coût avec la barémisation des indemnités de licenciement rend possible de se débarrasser des salariés au gré des évolutions technologiques, au lieu des les former à ces évolutions. Le coût de la formation est ainsi reporté sur l’Etat qui paie la formation, et sur les salariés, anciens salariés licenciés et étudiants futurs salariés, qui ne sont pas payés pendant le temps de leur formation. Et la multiplication des contrats spéciaux pour étudiants, des stages aux gratifications dérisoires, rendue possible par le montant dérisoire des bourses d’études, prépare les futurs salariés à cette condition de salariés « jetables ». FO continue de revendiquer l’abrogation de la loi travail et FO considère que les ordonnances publiées cet été sont inacceptables.

Et de même, pour FO, les conséquences pour l’enseignement supérieur de cette politique sont inacceptables. Il est urgent de revenir sur l’augmentation de la charge de travail des personnels enseignants et BIATSS, qui frappe tous les personnels, en attribuant les postes nécessaires, et en imposant que ces postes soient effectivement ouverts par les établissements. La pression exercée sur les enseignants pour qu’ils « professionnalisent » les diplômes, pour qu’ils transforment l’évaluation du niveau en évaluation par compétences sont non seulement contradictoires à la liberté pédagogiques au coeur de leur statut, mais aussi aux missions même de l’Université. C’est exactement le même problème qui se pose dans le second degré, et que la réforme annoncée du bac va encore aggraver.

Pour Force Ouvrière, au contraire de cette politique, il est urgent plus que jamais de remettre au centre de l’enseignement la transmission des savoirs. Cela veut dire au premier chef rétablir le niveau du baccalauréat. Cela passe également par le rétablissement de la liberté pédagogique des enseignants, et le rétablissement de l’habilitation nationale par le CNESER de diplômes basés sur des programmes d’enseignement. Cela passe par l’embauche des personnels enseignants et non-enseignants nécessaires.