LE DOCTORAT-ASSIGNAT

Le nouveau doctorat est arrivé dans les universités : le doctorat VAE ! Ce qui paraissait encore impossible il y a encore quelques années l'est devenu et certaines universités, faisant fi de toutes les traditions universitaires, ont emboîté le pas car il faut bien rester le « chouchou » du ministère, celui qui applique plus vite et mieux que les autres les textes et tout cela porté par une autre invention du ministère : la Comue ! Certains  avaient prévenu : on fera par la Comue ce que l'on ne peut pas réaliser par les conseils élus de l'université et cela ne fait que commencer.

Le doctorat VAE est autorisé depuis la loi de modernisation sociale du 17 janvier 2002 mais il était le plus souvent resté lettre morte au sein du monde universitaire pour une raison de bon sens : fondée sur l’accumulation de compétences, la VAE est en effet contradictoire aux exigences universitaires traditionnellement requises lors de l’obtention d’un doctorat. En particulier, elle n’exige pas la réalisation d’une thèse, c’est-à-dire un travail théorique continu et cohérent, mené selon une méthode de recherche propre à chaque discipline, présenté sous la forme d’un écrit qui fait l’objet d’une soutenance publique devant un jury de spécialistes du thème de recherche, et qui constitue une contribution originale faisant progresser la connaissance dans un domaine particulier du savoir.

La réactivation de la procédure de la VAE pour l’accès au doctorat par l’arrêté du 25 mai 2016 répond sans doute à des considérations diverses. Très certainement il y a une attente de la part de diplômés de grandes écoles françaises qui n’ont pas réalisé un tel travail de recherche et se trouvent démunis de ce titre, ce qui les empêche d’accéder en France au statut d’universitaire et les handicaperait sur un marché international de l’emploi des cadres dirigeants, où leurs homologues et concurrents étrangers sont quant à eux souvent détenteurs d’un « PhD ». Par ailleurs le ministère y voit sans doute, comme pour toutes les délivrances de diplômes par VAE, une source supplémentaire de revenus pour des universités que l’ « autonomie financière » a placées dans la situation de détresse budgétaire que l’on sait. Enfin il s’agit d’étendre encore, jusqu’au plus haut grade universitaire, l’effacement du diplôme au profit de la « formation tout au long de la vie ». Le diplôme, en particulier le doctorat, est en effet la sanction d’un enseignement cohérent et continu délivré en formation initiale, selon des considérations très majoritairement scientifiques et pédagogiques ; il garantit une qualification pour l’ensemble de la vie professionnelle, éventuellement complétée ultérieurement par une formation continue assurée aux frais de l’employeur. La « formation tout au long de la vie », ici constituée d’un assemblage de « compétences » hétérogènes, relève principalement de la responsabilité du salarié, qui doit sans cesse faire la preuve d’éphémères compétences.

La transformation du doctorat en un vulgaire chiffon de papier, véritable assignat dont la valeur réelle ne cesserait de baisser, est le résultat d’une logique qui est toujours la même : la marchandisation des savoirs et des diplômes, la baisse du niveau d’exigence et la disparition des qualifications. La bourse des diplômes n'est pas loin et le ministère capitule ainsi au nom d'impératifs qui ne sont pas constitutifs de la mission première de l’université.

En conséquence Supautonome-FO et le SNPREES-FO maintiennent leur revendication d’abrogation de l’arrêté du 25 mai 2016.

Montreuil, le 24 novembre 2016