La Recherche Publique, le CNRS, le doctorat et les fusions d’universités :
COMUE or not COMUE ???

Pour agir en défense de nos statuts, FO communique les informations transmises par ses syndicats départementaux, ses représentants au CNESER et des élus au Comité National.
Elles mettent en évidence une cohérence d’ensemble des "contre-réformes" ministérielles.

•  Des directeurs de thèse sous surveillance, un doctorat dénaturé !

Au CNESER, FO a voté contre l’arrêté du 25 mai qui prive les directeurs de thèse de toute voix délibérative dans le jury de soutenance, et les place sous le contrôle d’écoles doctorales toute puissantes, qui seront la courroie de transmission des "politiques de sites", dans le cadre du collège doctoral de la COMUE.

Le relais principal des écoles doctorales est le « comité de suivi » qui, sous couvert de « suivi » du doctorant, serait un véritable comité de surveillance et d’évaluation des directeurs de thèse.

S’il peut paraître nécessaire de prévoir une solution de conciliation respectant la collégialité pour prévenir et résoudre d’éventuels conflits entre doctorants et encadrants, la procédure prévue par l’arrêté apparaît d’abord comme une mise sous tutelle des encadrants, et constitue donc une entrave à la liberté de recherche.

FO dénonce la dénaturation de la démarche scientifique de la thèse, noyée dans une "formation doctorale" composée de multiples "modules" où le doctorant doit compiler des "compétences" dans un "portfolio". De même, l’acquisition du doctorat par le biais de la « formation tout au long de la vie », facilite la validation d’acquis de l’expérience et contourne l’exigence d’une formation à la recherche par la recherche.

C’est la nature même de la thèse qui est mise en cause : FO souhaite voir reconnue la qualification donnée par la thèse par l’ouverture suffisante de postes de chercheurs et d’enseignants-chercheurs ainsi qu’une meilleure prise en considération du diplôme dans la fonction publique.

•  L’évaluation des laboratoires porterait avant tout sur leur place dans les COMUE !

Remplaçant l’AERES depuis 2013, le HCERES est évalué au niveau européen, ce qui suppose qu’il s’appuie sur des "critères européens". Certaines sections du Comité National ont été informées de modifications importantes du mode d’évaluation des laboratoires envisagées à partir de la vague D (fin 2017).

Un comité spécifique d’experts évaluera les sites et les champs disciplinaires. Cette évolution est très cohérente avec la "spécialisation intelligente" des recherches au niveau régional, demandée par les institutions européennes, et elle renforcerait les dérives actuelles :

  • les organismes nationaux de recherche n’ont quasiment plus voix au chapitre ;
  • les laboratoires à cheval sur plusieurs COMUE (notamment SHS) sont directement menacés ;
  • des marchandages ignobles ont déjà lieu entre responsables d’établissements universitaires appartenant à la même COMUE : « je te laisse la chimie à condition que tu me donnes les maths ! » sans souci aucun de la qualité scientifique et des conséquences pour les personnels.

Les laboratoires seraient évalués lors de visites plus courtes, selon trois critères (publications, visibilité, attractivité) au vu d’un rapport ne comportant que 5 publications ayant un facteur d’impact important.

•  Désassociation arbitraire d’UMR bien évaluées : FO dit NON au CNRS-exit ! 

FO soutient les personnels du Laboratoire de Traitement et de Communication de l’Information (LCTI) qui demandent à la ministre l’annulation de la fermeture de l’UMR, "fleuron de la recherche française en STIC". Ce n’est pas aux personnels ITA, chercheurs et enseignants-chercheurs de subir les conséquences de "désaccords des tutelles concernant le mode de gouvernance" ou des restructurations dues aux COMUE.

•  Gestion prévisionnelle des emplois et des compétences : DANGER d’austérité renforcée !

Dans une délégation régionale du CNRS relevant de la vague B, le CHSCT a été informé par la direction que le CNRS envisage une démarche de "gestion prévisionnelle des emplois et des compétences" (GPEC) dans trois unités, identifiées suite aux recommandations organisationnelles du HCERES.

La direction admet que peu de détails ont été donnés aux agents car le but prioritaire est « d’outiller » la direction du laboratoire et préparer les arbitrages nécessaires dans certaines unités ayant des projets ambitieux (à moyens constants) pour les accompagner au mieux … Ce dispositif GPEC comporte notamment une "formation des Directeurs d’unité afin de cerner l’impact et d’identifier les doublons".

La direction a rappelé que les projets « ambitieux » donnant lieu à un processus GPEC ne sont pas censés être issus d’une consultation préalable des personnels (en AG par exemple), mais résultent plutôt de propositions faites par les instances dirigeantes au vu de la conjoncture.

A l’avenir, le dispositif GPEC sera intimement lié aux vagues de contractualisation des unités, et sera co-construit avec le DAS de l’unité et le VP recherche environ deux ans avant le plan quinquennal. Une équipe projet comprendra, entre autres, le délégué régional, un directeur administratif adjoint et un directeur scientifique adjoint (DAA et DAS) et le responsable des ressources humaines du CNRS.

•  IDEX et autres initiatives d’excellence : un 49-3 pour imposer les fusions d’universités !

Les directions de nombreuses COMUE veulent aggraver le mouvement de fusions d’établissements. Dans un e-mail du 6 juin, la présidente de l’Université Lyon II annonçait aux personnels que la présidence de la COMUE Université de Lyon projetait de réaliser une "université intégrée" qui "serait constituée d'une part des écoles et d'autre part de composantes ou facultés structurées autour d'une ou plusieurs disciplines. Dans ce cadre, les universités actuelles seraient fusionnées dans cette grande Université de Lyon et disparaissent comme entités spécifiques."

La fusion des Universités de Lyon I, II, III et de celle de Saint-Etienne apparaît nécessaire à la présidence de la COMUE UdL pour répondre au projet IDEX ("Initiatives d’excellence"), qui prévoit des dotations spéciales pour le financement de projets divers, principalement de recherche.

En effet, lors du concours précédent, le jury international de l’IDEX n’a récompensé que des projets portés par des universités déjà fusionnées. Il a au contraire soumis à période probatoire des projets portés par des universités dont il estimait qu’elles n’étaient pas assez restructurées et a même retiré les dotations prévues pour deux projets, qui n’avaient pas envisagé de construire d’« université de recherche intégrée » (termes du communiqué de presse ministériel du 29/04/2016).

Les syndicats FO rappellent leur opposition au principe même de l’IDEX qui met en concurrence des établissements publics pour bénéficier d’argent public, alors même que les dotations de tous les établissements sont notoirement insuffisantes et viennent d’être à nouveau amputées (- 122 millions €).

Contraindre les établissements à fusionner via les IDEX, accentuer la politique de territorialisation de l’enseignement supérieur et de la recherche initiée avec les COMUE, c’est contribuer à démanteler les organismes nationaux de recherche (le CNRS en premier lieu) et à accroître l’ingérence des collectivités territoriales ou d’intérêts privés dans les missions universitaires d’enseignement et de recherche.

Dans le contexte actuel, une fusion, quelles que soient ses modalités ou dénominations ("intégration renforcée", "unification"), quel que soit son champ d’application, ne peut donc pas être dans l’intérêt des personnels, et constitue nécessairement au contraire une attaque contre leurs conditions de travail.

Alors que le comité Mathématiques - informatique de l’ANR a décidé à l’unanimité de ne pas transmettre ses conclusions (notamment en raison de la perte annoncée de son indépendance si son président était désormais employé par l'ANR), les syndicats FO invitent tous les personnels à signer l’appel (http://www.petitions24.net/des_credits_recurrents_pour_la_recherche) pour que la dotation récurrente de l’Etat redevienne la principale source de financement du fonctionnement des laboratoires.

Le SNPREES-FO et SupAutonome-FO invitent les personnels à se mobiliser
et à rejoindre leur action revendicative. La différence, notre indépendance !