Des écoles doctorales toutes puissantes, des directeurs de thèse sous surveillance, un doctorat dénaturé

En mars et avril 2015 le ministère avait présenté un projet d’arrêté relatif à la « formation doctorale ». Face aux critiques, un nouveau projet d’arrêté a été présenté récemment. Force est cependant de constater que la plupart des dispositions négatives du projet originel sont maintenues.

Les attaques contre l’existence même de la thèse, la direction de thèse, la liberté de recherche, demeurent en effet entières. Ainsi :

  • le terme de « thèse » fait sa réapparition mais les écoles doctorales sont maintenues et verraient même leur rôle renforcé. Inscrites dans les nouvelles COMUE, soumises à la « politique de site », bannissant toute référence à des exigences d’ordre disciplinaire, relayées par diverses « chartes », s’exprimant même sur la politique ou la qualité de le recherche (elles pourraient refuser l’affiliation d’un laboratoire), ces écoles doctorales renforcées seraient un puissant outil de destruction de la libre démarche scientifique qui doit présider à la thèse. Le projet d’arrêté les érige même en contrôleurs des directeurs de thèse ;
  • les directeurs de thèse sont en effet surveillés et contrôlés par l’école doctorale. Outre des « évaluations » récurrentes, le relais principal de celles-ci est le « comité de suivi » qui, sous couvert de « suivi » du doctorant, serait un véritable comité de surveillance et d’évaluation des directeurs de thèse. A la « formation » qu’il était initialement prévu de leur imposer a été préférée la formule d’« accompagnement spécifique », tout aussi infantilisant et méprisant pour la qualification en direction de thèse, qui leur a déjà été reconnue par l’HDR. De plus les directeurs de thèse resteraient privés de toute voix délibérative dans les jurys ! En revanche est évacuée la pratique des conseils, suivis attentifs et questionnements, individuels ou collectifs, dans le cadre du laboratoire de recherche, qui demeurent les garants de l’efficacité de la progression heuristique ;
  • la démarche scientifique que représente la thèse est dénaturée : elle est en effet noyée dans une « formation doctorale » composée de divers « modules ». En imitation de pratiques de collège ou de lycée, le doctorant est sommé de collectionner de très imprécises « compétences » qu’il devra amasser en un « portfolio ». Pour l’essentiel, la thèse ne serait plus un diplôme cohérent, principalement articulé sur une recherche effectuée dans la durée, reposant sur une méthode scientifique qui ne peut être validée et critiquée que par les pairs de la discipline. C’est la nature même de la thèse et la qualification qui lui est reconnue qui sont ainsi mises en cause.
  • Le contournement des exigences de la recherche serait même facilité  par la possibilité d’acquérir le doctorat par le biais de la « formation tout au long de la vie » (manière de ne plus mentionner explicitement la VAE, qui reste pourtant l’une des modalités de la « formation tout au long de la vie »).
  • Le projet ouvre toujours la voie à une privatisation des études doctorales par la possibilité d’insérer institutionnellement des « fondations privées » dans les écoles doctorales, brèche insidieuse dans le monopole de la collation des grades universitaires par l’État via les établissements d’enseignement supérieurs publics.
  • Les conditions réelles de préparation de la thèse sont ignorées : dans de nombreuses disciplines en effet, notamment dans le domaine des sciences humaines et sociales, les thèses ne sont pas financées. Le projet se limite certes à ne fixer une durée maximale que pour les thèses financées, mais des doctorants qui travaillent en parallèle à plein temps (on songe en particulier aux certifiés et agrégés du Secondaire) peuvent avoir besoin de plus de cinq ans pour effectuer leur thèse.  L’absence de ce cas de figure dans l’arrêté risque d’être utilisée pour dresser des impasses devant ces collègues.

Les reprises cosmétiques opérées sur le nouveau projet d’arrêté ne témoignent en rien de la prise en compte des intérêts et des demandes des universitaires.

Le SNPREES-FO et Supautonome-FO demandent le retrait de ce projet d’arrêté et revendiquent :

  • la suppression des écoles doctorales ;
  • la liberté de recherche pour les enseignants-chercheurs, qui implique la pleine liberté dans la direction de recherche pour ceux d’entre eux qui sont directeurs de recherche ; en particulier par la suppression de toutes les contraintes inhérentes aux « politiques de site » des Universités autonomes ou des COMUE, aux « chartes » et « comités de suivis » des écoles doctorales ;
  • le maintien du monopole de la collation des grades, et en conséquence la suppression de toute possibilité d’inclusion d’organismes privés de tout ordre dans le cursus  de thèse ou lors de la délivrance de celle-ci ;
  • le maintien plein et entier de la qualité de la thèse, garantie par une démarche scientifique validée par les seuls spécialistes de la discipline ou des disciplines concernées ; dans ce cadre le maintien du rôle du directeur de thèse, jusque dans la participation aux délibérations du jury de doctorat ; par conséquent aussi la suppression de la possibilité d’accéder au doctorat autrement que par la recherche, en particulier au moyen des diverses procédures prévues dans le cadre de la  « formation tout au long de la vie » ;
  • la reconnaissance de la qualification donnée par la thèse par l’ouverture des postes d’enseignants-chercheurs et de chercheurs qui font cruellement défaut dans les établissements d’enseignement supérieur publics.
Montreuil, le 11 mars 2016