Modification du concours d’agrégation :
Sous couvert d’insertion des docteurs, une nouvelle étape vers la « secondarisation » de l’université

En toute discrétion et avec beaucoup d’hypocrisie, le travail de « déconstruction » de notre système éducatif continue. Le 26 novembre dernier, lors d’une réunion du comité technique du Ministère de l’éducation nationale, nos représentants ont exprimé leur totale opposition et rejeté, avec l’ensemble des organisations syndicales, à l’exception de l’UNSA qui refusait de voter et par là même laissait les mains libres à la Ministre, le projet de modification du décret du 4 juillet 1972, relatif au statut particulier des professeurs agrégés.

Dans le cadre de la loi ESR de 2013, qui demande à la fonction publique d’adapter les concours de la catégorie A pour ouvrir un accès spécifique aux docteurs, et pour favoriser l’insertion professionnelle de ceux-ci, Thierry MANDON a choisi d’organiser dès 2017 un concours d’agrégation réservé aux seuls titulaires du doctorat et adapté au parcours très spécialisé de ceux-ci. Ils pourront alors s’orienter vers l’enseignement en lycée ou, plus certainement, en premier cycle universitaire. Selon le Ministère cette nouvelle voie concernera jusqu’à 15% des postes, mais en réalité, les places non pourvues à l’un des trois concours pouvant être attribuées aux candidats des autres concours, on pourra dépasser 20%.

Alors que le rapport « STRANES », validé par le Président de la République, veut porter à 20000 le nombre annuel de docteurs, ceux-ci peinent aujourd’hui à trouver un emploi à leur niveau dans le privé comme dans le public. Paradoxe français, le diplôme le plus élevé de l’université, qui récompense une recherche originale, est éclipsé par les diplômes des grandes écoles et son insertion professionnelle s’en ressent.

Cette décision administrative, sans concertation ni même information des organisations du supérieur, n’est en aucun cas une solution à la faible insertion professionnelle des docteurs dans le secteur privé et à la raréfaction des postes offerts au recrutement dans les universités et établissements de recherche. Elle ne répond pas au souhait majoritaire des jeunes docteurs de s’orienter vers la recherche. Faute de pouvoir promouvoir à son juste niveau le doctorat, le ministère semble résolu à déqualifier les docteurs vers un niveau Bac+5.

Outre le fait qu’elle restreint mécaniquement le nombre d’emplois offerts aux concours externe et interne et rompt l’égalité entre les candidats, il est aisé de voir le but inavoué de cette décision : réduire à terme les postes plus coûteux de maitres de conférences (dans la continuité des recommandations des experts du Ministère aux établissements en déficit les encourageant à prendre davantage de Prag). Elle s’inscrit avant tout dans une logique financière et, après le magique « bac-3, bac+3 », constitue une nouvelle étape dans la « secondarisation » programmée des premiers cycles universitaires.

Le SNPREES-FO et SUPAUTONOME-FO, qui défendent depuis toujours la qualité des concours et des diplômes, réitèrent leur opposition à ce projet qui fragilisera le concours d’agrégation du second degré et le statut des personnels sans promouvoir une réelle insertion professionnelle des docteurs correspondant à leurs demandes : des postes de chercheurs dans les EPST et des postes d’enseignants-chercheurs dans les Universités.

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