Les mauvaises propositions de la Stratégie nationale de l'enseignement supérieur (StraNES)

Lors de la séance du CNESER du 24 novembre, le SNPREES-FO et SUPAUTONOME-FO ont exprimé leur ferme désaccord avec les recommandations du rapport final du comité STRANES qui, validées par le Président de la République n’ont même pas été soumises à un vote. Si on ne peut que souscrire à certains axes proposés par le rapport qui sont autant de vœux pieux: « construire une société apprenante et soutenir notre économie », « favoriser une réelle accession sociale », « inventer une éducation supérieure du XXIe siècle », « investir pour la société apprenante », etc., il est difficile d’en accepter les propositions qui sont, pour beaucoup d’entre elles, maladroites, dangereuses pour le devenir de l’enseignement supérieur et celui de ses personnels, et financièrement irréalistes.

Elles systématisent une approche par objectifs quantitatifs qui ignore les causes réelles des difficultés et promeut une vision simpliste des solutions. Il suffirait en effet selon cette logique de décerner des diplômes de façon massive (« 60% des diplômés de l’enseignement supérieur dans une classe d’âge ») pour régler le problème de l’accès à l’emploi des jeunes.

Le corollaire de cette approche qui nie les vrais problèmes (le manque de moyens, le refus obstiné de faire face au problème de la nécessité des pré-requis, la multiplication des heures complémentaires faute de création de postes) est une accusation à peine voilée des enseignants-chercheurs dont le manque de pédagogie serait la cause essentielle du taux d’échec au premier cycle.

Ce rapport enchaîne les erreurs et les aveuglements sur tous les enjeux importants de l’enseignement supérieur :

  • A l’échec en premier cycle, on répond par une opération magique (continuum Bac-3 / Bac+3) qui vise à effacer le baccalauréat et secondarise l’enseignement supérieur. Celle-ci contraindra inévitablement à une baisse des exigences, entraînera la déqualification des diplômes et n’améliorera en rien l’employabilité des étudiants.
  • Aux écarts sociaux observés en second cycle, on répond par une absurde interdiction de toute forme de sélection qui ne pourra déboucher que sur des sélections plus pernicieuses encore.
  • A l’enjeu essentiel de formation de nouveaux chercheurs, on répond par une banalisation du doctorat qui videra ce diplôme du haut degré d’excellence que le monde lui reconnaît.

Il manque finalement à ce rapport une réelle vision de la place que nous voulons donner à l’Université et à ceux qui y travaillent, dans la société de demain. Réaffirmer le double rôle de l’enseignement supérieur comme lieu de création et de transmission des savoirs, en lien avec les besoins de la société, c’est en effet partir d’une vision non pas seulement quantitative et comptable du succès que nous devons viser, mais d’une ambition partagée dans le cadre d’un service public républicain qui ne soit pas livré au bon vouloir de barons locaux d’universités et de COMUEs concurrentes.

Cette ambition ne peut être de faire de l’enseignement supérieur une machine à occuper la jeunesse et à lui délivrer des assignats par le truchement d’animateurs socioculturels sous-payés. Faire des personnels universitaires des « ouvriers du savoir dans des usines à diplômes »,  ce qui semble être le seul objectif de ce rapport, n’est pas l’ambition que nous avons pour l’enseignement supérieur et ses personnels. Si nous n’y prenons garde, la mise en place des recommandations aboutira à une remise en cause importante de nos disciplines, du caractère national de nos statuts et à la disparition programmée de nos libertés universitaires. C’est de la mobilisation de tous que dépend notre avenir.

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